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Chaque fois que je lis un passage de l'Évangile, je dois
toujours me dire que celui ou celle que le Seigneur
rencontre sur sa route, c'est moi. Qu'il s'agisse du
jeune homme riche comme il y a quelques semaines ou de
l'aveugle comme aujourd'hui, c'est à moi que le Seigneur
s'adresse. Peut-être que je ne suis pas riche de sous
comme le jeune homme en question. Mais je dois constater
que des richesses j'en ai, ce sont mes compétences, mes
talents ou simplement mon temps que je me dois de mettre
à la disposition de mes frères et sœurs pour répondre à
l'invitation de Jésus.
Aujourd'hui je peux toujours me dire que je ne suis
pas l'aveugle sur la route puisque je vois très bien
grâce à Dieu. Ma vue est bonne et même si je vieillis un
peu je peux encore voir ce qui se passe autour de moi.
Mais comme dans le cas des richesses du jeune homme,
peut-être puis-je réaliser que la cécité dont il s'agit
n'est pas nécessairement le fait de voir avec mes yeux
de chair mais plutôt ma capacité de voir avec mon cœur.
Bien souvent même si je vois de mes yeux, certaines
réalités perceptibles seulement avec les yeux du cœur me
restent fermées parce que je n'ose pas les regarder en
face. J'aime mieux ne pas voir avec mes yeux et encore
moins avec mes yeux du cœur les situations vécues par
mes frères et sœurs dans le besoin et qui
nécessiteraient une intervention ou une réaction de ma
part. J'aime mieux ne pas voir, j'aime mieux fermer les
yeux. Alors je suis bien obligé de constater que je suis
un aveugle qui s'ignore et que le Seigneur voudrait voir
sortir de son aveuglement.
Et il y a toutes ces réalités de ma vie de relation
avec Dieu sur lesquelles souvent j'aime mieux rester
insensible. Les exigences du Seigneur me font peur. Vous
vous souvenez de l'invitation au jeune homme; "Va, vends
tout ce que tu as, donne-le aux pauvres, puis viens et
suis-moi." Et le jeune homme s'en alla tout triste
car il avait de grands biens.
Je préfère de beaucoup rester dans ma cécité ou dans
ma surdité, pour ne pas entendre cette invitation du
Seigneur. "Seigneur, laisse-moi me reposer un peu. J'ai
bien travaillé, j'ai pris mes responsabilités. J'ai fait
mon devoir du mieux que j'ai pu. Laisse-moi un peu
tranquille." "Mais ton frère, mais ta sœur, mais ton
voisin qui a besoin de toi, qui va s'en occuper ?" me
répondra le Seigneur. "J'aime mieux ne pas le voir"
C'est la même réponse que celle du jeune homme. Et il
s'en alla tout triste nous dit l'évangile. Ne soyons
donc pas étonnés de notre tristesse. Tout ce que le
Seigneur veut, lui, c'est que nous soyons heureux. |